Après avoir déménagé mon blog principal, il était temps de le faire également pour celui-ci. En effet, WordPress ayant mis en place un nouveau système pour pouvoir laisser des commentaires, système particulièrement pénible, j’ai choisi de migrer sur Blogger (tous les articles et commentaires sont préservés).

RDV ici.

A bientôt !

Sept recueils ont été sélectionnés :

• Commandeur des incroyables et autres honorables correspondants - Jacques A. Bertrand

• L’espoir en contrebande – Didier Daeninckx

• Il faudrait s’arracher le cœur - Dominique Fabre

 Devenir immortel et mourir - Eric Faye

• Embrasez-moi Eric Holder –> le seul auteur de la liste que j’aie jamais lu mais… je n’ai jamais lu ses nouvelles !

• Un renard à mains nues – Emmanuelle Pagano

• Une collection très particulière - Bernard Quiriny

Résultat le 2 mai et, même si je n’ai pas lu son recueil, je suis pour Eric Holder (c’est tout à fait subjectif et gratuit mais tant pis : j’assume !)

Voir ici.

(article le plus bref paru sur ce blog !)

 

Your are free : stories – Danzy Senna
Riverhead Books, 2011, 219 pages

 

Petite précision préalable : bien que ce livre n’existe pas, pour l’heure, en français, je suis persuadée qu’il sera traduit. En effet, Danzy Senna est l’auteur de deux romans et d’un récit (pas encore lu), tous trois traduits en français.

 

Cette fois, Senna s’est attaquée à la nouvelle et nous propose ici huit textes aux thèmes multiples mais avec un point commun incontournable dans son œuvre : les couples mixtes et le métissage. Cela n’a rien d’étonnant quand on connaît l’histoire personnelle de Danzy Senna, fille d’une femme blanche et d’un homme noir. Or lorsque l’on voit des photos de l’auteur, on a beau deviner l’existence d’un métissage, on aura tendance à la classer comme Blanche. C’est un des points sur lesquels insiste le plus l’auteur dans ce recueil : la difficulté à cerner les origines ethniques de ses personnages et les tracas que cela cause à tous ceux qui tiennent absolument à vous coller une étiquette, vous ranger dans une case.

« That is, we each had one white parent and one black parent. And we’d each come out with enough features of one parent to place us in different categories. Hewitt had come out looking to the world like a black man, and I’d come out looking to the world like a white woman, so when we got together, it was like we were repeating our parents’history all over again. »

 

Cela dit, le métissage pose également la question plus large de l’identité et les personnages s’interrogent eux aussi sur ce qu’ils sont. Comment se situer, surtout quand on subit l’influence du regard des autres ? L’apparence joue beaucoup dans ce type de questionnements et nos comportements envers les autres dépendent souvent de ce que l’on voit et donc de ce que l’on croit savoir sur eux… L’auteur en profite pour égratigner le melting-pot américain où tout le monde s’intègre avec bonheur : « Hewitt and I both hated The Cosby Show […] for the cloying sweetness of the vignettes pretending to be plots, for the surrealism of a rich black family who had no problem integrating into white America. »

En ce sens, ce recueil est très proche, dans sa thématique principale, du premier roman de Senna, Demi-teinte (Caucasia). Si la quête identitaire est déjà un sujet qui peut donner lieu à maintes histoires passionnantes, cela est d’autant plus le cas quand les choses se corsent.

 

Mais, dans ce recueil, d’autres thèmes viennent se superposer à cette problématique principale, tous relatifs à la complexité des relations humaines, sans que la couleur de peau entre en jeu : les difficultés de la vie à deux (« a good relationship was made of two wholes, not two halves »), le célibat, choisi ou pas, les couples avec ou sans enfant et les conséquences que cela engendre, etc. Quelle que soit la situation, le regard de la société est au centre de chaque texte. Comme je l’écrivais plus haut, ce regard nous remet en question et les personnages de ces histoires sont souvent confrontés à la différence entre le regard extérieur et l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Tout cela donne lieu à des malentendus, y compris au sein des couples.

 

Un autre point concerne le « statut » des personnages principaux. Il s’agit toujours de femmes mais certaines sont célibataires, d’autres mariées ; certaines sont mères, d’autres pas, etc. Là encore, la question de l’identité revient, en particulier pour les jeunes mères qui se demandent ce qu’est devenu leur moi antérieur, qui cherchent à reconstituer le fil des événements et à mettre de l’ordre dans leurs sentiments et dans leurs corps. Si les autres fictions de Senna mettent également en scène des femmes, c’est la première fois que je la sens si concernée par ce sujet : « Some women are born to play dumb, and some women are too smart for their own good. »

 

Danzy Senna nous offre ici des textes profonds, d’une grande richesse et qui nous invitent à explorer les recoins de l’âme humaine et les relations entre individus. Que sommes-nous prêts à perdre pour poursuivre notre vie ? Qu’est-ce qui est le plus important : la fidélité à soi-même ou une vie paisible ? Qui sommes-nous ?

 

 

Provenance : offre Priceminister

The Creature – Edna O’Brien
(1976)

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Avant toute chose, je voudrais préciser que j’envisage désormais de présenter des nouvelles seules. Cela me permettra d’alimenter ce blog plus régulièrement mais aussi d’évoquer des textes appartenant à des anthologies.

Je ne renonce pas pour autant à la présentation de recueils complets. Il s’agit simplement d’une alternative.

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Ce texte est tiré du livre présenté ci-dessus et récemment réédité par Penguin. Il s’agit d’une anthologie de la nouvelle irlandaise.

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Je n’avais jamais lu Edna O’Brien mais je savais que les histoires de cet auteur n’étaient pas des parties de plaisir. D’une façon générale, j’ai l’impression que si les Irlandais savent s’amuser, il s’agit d’un peuple rude marqué par son Histoire et peu enclin à la compassion. Ce dernier point ressort particulièrement dans ce texte à l’écriture simple qui se contente de raconter, sans rajouter de détails inutiles. Tout est dit en une dizaine de pages.

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La Créature est une vieille femme vivant dans une petite ville de l’ouest de l’Irlande. Elle vit seule et isolée dans le sens où les autres habitants ne lui prêtent pas attention. Son surnom parle pour elle : elle n’est même pas digne d’appartenir à la communauté des Hommes ; c’est un être insignifiant. Elle aurait commis un crime qu’elle ne serait pas moins bien considérée. Voilà l’Irlande rurale dans toute sa splendeur ! Mais avant de vivre dans ce bourg, la Créature a mené l’essentiel de sa vie au sein d’une ferme familiale. Comme tout le monde, cette femme connaîtra son lot de déboires mais le pire sera de devoir quitter sa maison pour venir vivre en ville dans l’indifférence la plus générale (et nous ne parlons pas de l’anonymat des grandes villes…).

Le narrateur (ou la narratrice – il m’a été impossible de déterminer le sexe de cette personne) est un professeur venant d’ailleurs. Il est donc étranger à cette communauté et ne perçoit pas du tout la Créature comme les autres. Il finit par l’apprivoiser et elle lui raconte son histoire. De là, cette personne va prendre une initiative pour tenter d’apporter un peu de plaisir à cette vieille femme, dont on imagine sans mal qu’elle n’est qu’un exemple des aspects les moins glorieux de la société irlandaise.

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Le style d’Edna O’Brien influence énormément le lecteur. Non pas parce que l’auteur nous force à regarder dans une direction mais, au contraire, parce qu’elle raconte de façon détachée ; c’est ce détachement qui créé des émotions. On ressort de cette lecture blasé et la littérature irlandaise me fait souvent cet effet. On dirait que les choses sont figées par un destin au cours impossible à incurver, que les gens ne changeront jamais et que, d’une façon générale, il n’y a rien à espérer de l’humanité. Il n’en reste pas moins que si vous êtes intéressés par l’Irlande, ce texte est à lire.

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* Billet publié ce jour pour marquer la Saint Patrick *

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